Les oranges de Marrakech

C’est en 2011 que j’ai mis pour la première fois un pied au Maroc, mes parents ayant choisi comme destination de vacances Marrakech. Je sais. Tous les marocains que j’ai connu cette année au sein du Master ne cessent de me dire des phrases telles que « ça ne compte pas », ou encore « Marrakech ça n’est pas le vrai Maroc ». Depuis le point de vue de l’espagnole que je suis, ces affirmations s’imposent devant moi comme assez contrariantes; je me rappelle que quand je suis arrivée à Marrakech j’ai pensé que tout ce que je voyais correspondait assez bien à l’idée du Maroc que j’avais pu me faire par le passé, les « images typiquement marocaines ». Toutefois, depuis le point de vue de l’étudiante en Sciences Humaines et Sociales en voie de spécialisation dans le Maghreb et le monde méditerranéen que je suis aussi, je comprends parfaitement ce à quoi ils font référence. Lorsque j’ai visité Marrakech j’avais 13 ans, et malheureusement (ou heureusement, cela dépend de si l’on pense que la vie est meilleure et plus tranquille dans l’ignorance) je n’avais pas encore ces « lunettes de sociologue » qui dans l’actualité me font réfléchir d’avantage sur tout ce que j’observe.

Je n’étais donc en 2011 qu’une enfant. Une enfant qui est tombée amoureuse du couscous, du souk (excusez moi pour les clichés, mon « moi » de treize ans est à blâmer) mais surtout  des jus d’orange et pamplemousse à trois dirhams de la Place Jemâa el-Fna. J’ai rarement goûté quelque chose d’aussi simple et aussi bon. Un parfait équilibre entre le goût sucré de l’orange et l’acidité du pamplemousse. Et apparemment je ne suis pas la seule à l’apprécier autant : sur Tripadvisor il est possible de lire « Le charme de la place Jemâa el Fna provient de la multitude d’artistes de rue, d’échoppes de fruits sec ou de jus d’orange fraîchement pressés devant vous » ainsi que beaucoup d’autres commentaires louant cet elixir qui semble tomber du ciel, pour l’équivalent à 30 centimes d’euro à peine.

Je savourais ce si bon jus et je me prenais en photo, dans une tentative de créativité, sans jamais penser à tout ce qui pouvait se cacher derrière cette boisson. Comment il était possible que je paye si peu pour un si bon jus? Quelle différence existait-il entre trente centimes dans ma poche et ces mêmes 30 centimes transformés en 3 dirhams dans la poche de ce vendeur? Ou encore, quelle image de ce vendeur, et de cette place et de cette ville en général était en train de se construire dans ma petite tête, mais surtout: quelle image je projettais à tout le reste du monde de moi?

Les oranges de Marrakech

Telles sont les questions que je me pose aujourd’hui, considérant porter (presque) toujours ces fameuses « lunettes » auxquelles je tiens autant.

 

-Clara de Castro Casanueva, 5 Avril 2018

 

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