Pourquoi migrer ? Cours de F. Héran au Collège de France

François Héran est sociologue et démographe. Il dirige l’Institut National des Études Démographiques. Il est également titulaire de la chaire « Migrations et Sociétés » au Collège de France. Depuis janvier, il tient sa deuxième série de cours hebdomadaires intitulée « Pourquoi migrer? ». Il ouvre sa leçon inaugurale par les grands chiffres de la distribution mondiale des migrations. A partir d’une modélisation des migrations à l’échelle mondiale, on peut analyser l’impact d’un certain nombre de facteurs (IDH, démographie, etc) sur l’importance des flux et leurs destinations. Il en ressort plusieurs éléments qui viennent contredire les idées-reçues dominantes sur la migration.

Idée reçue n°1 : les migrations vont des pays les plus pauvres vers les pays les plus riches.

Il y a 260 millions de migrants de part le monde (personnes installées en dehors de leur pays d’origine). 100 millions sont des migrations Sud-Sud (notamment internes à l’Asie du fait des migrations d’Asie du Sud vers les pays du Golfe). Les migrations internes à l’Europe sont également considérables: 42 millions d’européens vivent dans un autre pays d’Europe (historiquement du Sud de l’Europe vers le Nord puis de l’Est vers l’Ouest). 21 millions des migrations internationales vont de l’Afrique vers l’Afrique et seulement 8 millions vont de l’Afrique vers l’Europe. Les migrations du Nord vers le Sud, en revanche, sont très minoritaires.

Donc la très grande majorité des migrations sont régionales. Le nombre de migrations du Sud vers le Nord est souvent sur-estimé (elles s’élèvent à 84 millions : majoritairement, ce sont des migrants d’Amérique latine vers les USA ou des Chinois vers l’Europe). En revanche, on sous-estime les migration internes aux continents du Sud (100 millions de migrants concernés).

Quand on vit dans un pays a revenu faible, on a beaucoup plus de chance de migrer vers un pays à revenu moyen-faible et lorsqu’on vit dans un pays riche, on migre quasi-exclusivement vers un pays riche. Et les migrations vers les pays riches viennent essentiellement de pays à niveau de développement moyen. L’idée que ce sont les pays riches qui accueillent le plus (et qui accueillent les plus pauvres) est démentie. «Nous n’accueillons pas toute la misère du monde», conclu François Héran.

Idée reçue n°2 : L’immigration va des régions les plus peuplées et avec les plus forts taux de fécondité vers les pays à plus faible fécondité.

Lorsqu’on modélise les flux migratoires en fonction de la fécondité, on se rend compte qu’il y a plus de contre-exemples que de cas où la fécondité augmente le nombre de départs. L’Inde, par exemple, a fortement réduit sa fécondité. Certains états indiens ont une fécondité inférieure à celle de la France. Et les migrations indiennes vont principalement vers les pays du Golfe où la fécondité y est plus élevée. La région des Balkans a un des taux de fécondité les plus faibles au monde. Pourtant, 22% de ses ressortissants vivent à l’extérieur de la région. A l’inverse, seulement 3% des personnes nées en Afrique (plus fort taux de fécondité au monde : 5 enfants par femmes en moyenne) vivent en dehors de l’Afrique. Les pays qui migrent le plus n’ont pas les plus forts taux de fécondité. Ce sont des pays bien engagés dans la transition démographique (Mexique, Turquie, Inde,…).

Cette question de la fécondité fait écho avec l’actualité. On projette un essor de la population africaine subsaharienne dans les prochaines années beaucoup plus fort qu’ailleurs. Entre 2020 et 2050, la population africaine aura certainement doublé. En 2100, l’Afrique pourrait compter 4 milliards d’habitants. A la suite de la crise migratoire de 2015 (plus de la moitié des demandeurs d’asile sont originaires d’Afrique), il y a un focus voire une obsession sur ces projections alors qu’elles existent depuis longtemps. Elles suggèrent de penser un développement économique plus équitable entre les pays, les régions et les secteurs d’activité mais surtout entre les hommes et les femmes. Si la fécondité est généralement calculée en fonction du nombre d’enfants par femmes, en Afrique le nombre d’enfants par homme et encore plus parlant. Au Niger, par exemple, pays à la plus forte natalité d’Afrique, il y a 7 enfants par femme pour 14 enfants par homme.

Les séances qui suivent exposent différentes théories scientifiques sur les causes des migrations, agrémentées d’exemples issus de l’actualité. Les cours de François Héran sont gratuits et ouverts à tous, relativement accessibles et très instructifs pour qui s’intéresse au sujet des migrations.

Prochaines séances :

  • 14 février 2019 : Les systèmes migratoires pratiqués hors des pays occidentaux
  • 21 février 2019 : Premier ensemble de conclusions théoriques et pratiques

Pour visionner les précédentes séances : https://www.college-de-france.fr/site/francois-heran/course-2018-2019.htm

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