Art et Méditerranée II: eL Seed

Né à Chesnay en 1981 d’une famille tunisienne, à un certain moment de sa vie eL Seed décide de graffer en arabe, la langue de ses parents.

Cette décision le conduit à faire de premiers voyages pour dessiner au Maghreb, à la recherche de ses origines1, jusqu’à devenir un des artistes les plus ambitionnés dans les expos des villes mondiales.

Au delà de son indiscutable valeur esthétique, eL Seed nous tient à cœur au moins pour deux motifs: la conscience de la “ responsabilité sociale de l’artiste 2” et le métissage qui est à la base de la richesse de son travaille, substance et forme.

Ses ouvrages sont des messages qui veulent impliquer les membres des communautés qui acceptent d’accueillir ses ouvrages et avec lesquelles l’artiste travaille.

L’art de eL Seed est très cultivée, le choix des phrases à écrire provient souvent du monde littéraire, par exemple de la poésie pré islamique où des proverbes en tant qu’ éléments d’union des cultures populaires.

Nous n’essayerons pas d’expliquer ce que l’artiste même définit dans son site web comment étant l’objectif de son art:unifying communities and redressing stereotypes.

Une seule illustration de cet engagement. “Perception ” est le nom de la gigantesque œuvre murale qui a scellé la célébrité de l’artiste à l’échelle globale, réalisée dans le quartier de Manshiyat Nāṣer/ منشية ناصر‎ au Caire.

Plus connu comme “ Garbage City ” , “ Ville Poubelle ” , Manshiyat Nāṣer est un slum où habite une communauté à majorité copte de “ Zabbālen ”زبالين, mot de l’arabe familier égyptien traduisible comment “gens-des-poubelles” et qui désigne aujourd’hui ceux qui servent comme collecteurs informels des ordures.

En dépit de l’extrême efficacité du service que depuis longtemps ces individus rendent gratuitement à une mégalopole qui sans eux ne pourrait survivre, la communauté demeure très pauvre et discriminée.

EL Seed a voulu rendre hommage aux habitants du quartier avec un peinture étendue sur plus de 50 bâtiments et visible à partir d’un seul point de la colline de Mokattam. Il s’agit d’une phrase du patriarche Athanase d’Alexandrie : « إن أراد أحد أن يبصر نور الشمس، فإن عليه أن يمسح عينيه toute personne qui veut voir la lumière du soleil doit s’essuyer les yeux en premier ».

Si souvent ce genre de réalisations soulèvent la question éthique de l’exploitation des communautés par les artistes, on doit remarquer que ce travail a été suivi par une série limitée de livres où sur chaque couverture figure une différente partie de l’œuvre avec le nom du propriétaire de la maison sur laquelle elle a été peinte, ainsi que ses coordonnées géographiques. De plus, le papier utilisé est celui recyclé par les habitants de Manshiyat Nāṣer.

La deuxième question est celle du métissage.

La beauté d’eL Seed provient de la combinaison de la discipline du writing1 et de l’alphabet arabe.

El Seed écrit en arabe, et cependant il reste difficilement compréhensible pour un arabophone, comme aussi les graffitis sont souvent incompréhensibles pour la plupart des regards velléitaires des connaisseurs de l’alphabet latin.

En effet il dévie systématiquement d’une des premières conventions orthographiques de la langue arabe, c’est à dire le fait de lier les lettres (technique que dans le writing est appelé loop), en préférant les utiliser dans leur forme isolée.

Donc s’il doit écrire السيد (eL Seed), il composera ا ل س ي د .

Pourquoi?

Parce que eL Seed fait ce que font tous les graffeurs, à savoir chercher d’étendre les possibilités de la communication.

C’est l’inversion de l’existant à la base de la fraîcheur du hip hop, le fait de prendre un chapeau et le tourner de l’autre côté, un morceau de chanson et le mixer, un alphabet et le faire danser…

Pour ce faire, l’utilisation des lettres dans leur forme isolée lui permit d’ exploiter quelques une des fonctions de la forme à la base des graffiti, comme les chevauchements et allongements, pour obtenir des résultats nouveaux et différentes.


Comparaison entre un travail de calligraphie arabe en style thuluth et le croquis de Perception

Néanmoins eL Seed ne trace pas de formes par hasard. Au contraire il se tient à un système sémiotique composé par signes phonétiques reconnus par un groupe de personnes déterminé , dans son cas l’alphabet arabe.

Cela ne diffère donc en rien de ce que font la quasi totalité des graffeurs qui ont suivi l’école de Phase 2 et travaillent de façon bidimensionnelle l’alphabet latin ( la quasi totalité…certains font des graffiti en 3 dimensions, d’autres, on l’a vu avec le cas d’Eron, préfèrent communiquer libérés d’un quelconque système sémiotique, longtemps avant que des galeristes les appellent street artists).

EL Seed peut concevoir de transgresser à les canons de la langue arabe parce qu’il a grandi à Paris en tant que graffeur. Par ailleurs, grâce à ses origines tunisiennes il peut faire ce qui serait difficilement pensable pour beaucoup de writers, abandonner le déjà exploré alphabet latin.

Beaucoup ont parlé de lui comment le fondateur des “Calligraffiti ” .

Même s’il est un peu trivial de le rappeler sur ce blog, au contraire du monde qui utilise l’alphabet latin, où la calligraphie est plutôt maltraité, dans le monde arabe elle est reconnue unanimement comment expression artistique de premier plan. L’art de la belle écriture s’est structuré à travers plusieurs styles développés dans des moments et des lieux différents de cette civilisation, du style Maghribi à occident jusqu’aux styles Shikaste ou Nasta‘liq (farsi) persans.

Tableau ottoman classique expliquant les styles basiques de la calligraphie arabe : Kufic, Thuluth,Naskh, Muhaqqaq, Rayhani,Tawqi‘x2, Ta‘liq x2, Divani x2, Riqa‘

De la même manière, bien que fondé sur la liberté et l’originalité de chacun,le Writing s’articule dans 10 styles précis qu’il faut connaître avant de se lancer dans le Wild Style, ce dernier est presque plus un idéal philosophique qu’un véritable style clairement définissable.


Table synoptique des fonctions de la forme ” dans Alessandro Ferri a.k.a Dado , Teoria del Writing, La ricerca dello stile,  Professionaldreamers, 2016, p.56-57. Il s’agit d’une description des 10 styles du Writing réalisée par Alessandro “ Dado ” Ferri. Il propose une typologie qui explique la base de la conception latine/bidimensionnelle des graffiti qu’avait été indiquée par Phase2 dans son Writing, Style from the Underground, Nuovi Equilibri s.r.l, Viterbo, 1996
.

Rencontré à Milan, on a donc demandé à eL Seed si avant de prendre de telles libertés il fallait d’abord avoir appris à parfaitement maîtriser les styles de la calligraphie arabe.

Il nous a répondu que dans l’art ce qui compte c’est de suivre son propre cœur.

EL Seed est un exemple de courage quand l’incertitude engendrée par le tourbillon de la modernité nous tente de nous réfugier dans des systèmes déjà fonctionnant et des modèles pré-emballés.

 


Grâce au mur peint en 2012 ,juste après la révolution, le minaret de la mosquée de al Jara est devenu un de symboles de la ville de Gabès.

« Je ne serai jamais ton fils »,en réponse à la révélation de Dark Vador, « Je suis ton père ».

Provocation de l’artiste après avoir constaté que l’héritage culturale du village de Onk el Jmel soit réduit par le touristes à le seule fait d’avoir été le set de Star Wars.

Il se rendra compte après de l’importance financière du site pour les foyers locales.

Dans le centre ville d’Alger, les 4 premiers vers de la chanson « Bilād Al Khayr » du chanteur populaire algérien Dahman El Harrachi.
Source :Street-art-avenue.com Credit Photo ©Hichem Merouche

Un art qui veut unir : “ The Bridge ”, installation sur la frontière entre le deux Corées en 2017

Vers de Nizār Qabbānī à l’Opera de Dubai

La façade de l’institut du monde arabe


Cartographie des ouvrages réalisés en Tunisie

1 Expérience racontée dans le libre Les Murs Perdus eL Seed Calligraffiti, Voyage à travers la Tunisie, Gourcuff-Gradenigo, Paris, 2014 .

2Héla Ammar titre comme ça la conclusion du libre Les Murs Perdus.

3Le terme Writing désigne un mouvement socio-culturel qui vise à explorer le potentiel de la communication écrite. Il a été créé par les garçons du Bronx qui, depuis la fin des années 60’s, ont commencé à écrire sur le système de transport public de la ville de New York. Le writing a contribué au développement de l’hip hop dont est une des 4 composantes, atteignant en moins de 40 années chaque partie du planète ainsi que mode et culture institutionnalisées.

*Le matériel audiovisuel a été pris de le site web ou la page facebook de l’auteur.

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